Viens t'asseoir deux minutes. Anna dort sur mon bras pendant que je t'écris, ce petit poids chaud qui fait qu'on tape d'une seule main, tu vas connaître ça très vite. Je voulais te parler du faire-part, parce que je me souviens exactement de l'état dans lequel j'étais quand j'ai attaqué celui de Lou. Perdue. Sincèrement, je croyais que ce serait la partie facile.
Ça ne l'a pas été. Pas parce que c'est compliqué, non. Parce que je me suis mise une pression absurde toute seule. Alors je te le dis les yeux dans les yeux, avant qu'on parle de quoi que ce soit : il n'existe pas de faire-part raté. Il existe des parents épuisés qui essaient de faire joli à 3h du matin. C'est déjà énorme.
Le thème, ou comment j'ai perdu un après-midi entier
Pour Lou, j'ai voulu un truc parfait. Poétique, épuré, tendance, tout ça. J'ai comparé des dizaines de modèles sur mon téléphone, le pouce en feu, jusqu'à ne plus rien voir du tout. À la fin je ne savais même plus ce que j'aimais. La honte.
Ce que j'ai compris pour Anna, c'est que le bon thème n'est pas le plus beau du catalogue. C'est celui qui te ressemble. Toi. Ta famille un peu bordélique, votre humour, la couleur qui traîne partout chez vous. Quand j'ai cherché comment tourner mon faire-part de naissance, c'est là que j'ai lâché prise, j'ai arrêté de vouloir cocher des cases. Si vous êtes du genre à rire de tout, un ton rigolo sera plus vrai qu'un truc solennel qui sonne faux. Si tu es plutôt douceur et jolis mots, tant mieux, va vers ça. Il n'y a pas une seule bonne façon de faire, et je déteste qu'on te fasse croire le contraire.
Un conseil que je te donne pour de vrai : passe par un site sérieux de papeterie plutôt que de tout bricoler seule si tu n'as ni le temps ni l'envie. Pour Anna, j'ai fini par prendre un faire-part réalisé par monfairepart, et franchement ça m'a enlevé un poids. Regarde trois choses avant de te lancer. Les designs, d'abord, est-ce qu'ils te plaisent vraiment ou est-ce que tu te forces. La qualité du papier ensuite, parce qu'un faire-part que ta belle-mère va garder vingt ans dans un tiroir, autant qu'il tienne le coup. Et les délais, surtout. Tu ne vas pas annoncer la naissance quatre mois après, quoi qu'on te serine sur le temps qu'on a. On n'a pas de temps. Personne n'en a avec un nouveau-né.
Les photos, là où je me suis fait avoir
Pour le premier, j'ai voulu LA photo. Une seule, parfaite. J'ai passé une heure à essayer, Lou pleurait, je pleurais un peu aussi, et au final la photo était floue. Résultat, j'ai appris à la dure : prends-en plein. Vraiment plein.
Une bouille de bébé, oui, mais aussi une où il est calé dans les bras de son papa, une avec le grand frère ou la grande sœur si tu en as déjà. C'est ça qui touche les gens, pas la perfection. C'est de voir votre petite tribu réunie. Et tu auras le choix au moment de composer, au lieu de te retrouver coincée avec un seul cliché raté.
Pour la qualité, un truc tout bête : vérifie que tes photos sont nettes et bien définies avant de les envoyer à l'impression. Une image un peu pixellisée sur l'écran sera pire sur le papier. Zoome, regarde, et si ça bave, tu en reprends une autre.
Le photographe professionnel ? Franchement, c'est magnifique quand on peut. Mais c'est un vrai budget, et cher ne veut pas dire mieux pour ton cœur. Un bon smartphone récent près d'une fenêtre, en pleine journée, une lumière douce, ça fait des merveilles. J'ai fait les plus belles photos d'Anna comme ça, assise par terre dans le salon, sans matériel. Emprunte un bon appareil à une copine si tu veux, mais ne te ruine pas en te disant que sinon ce ne sera pas assez bien. C'est faux.
Le texte, respire, c'est plus simple que tu crois
Je stressais sur le texte comme si je passais le bac de français. Pour rien. Tu n'as pas besoin d'être poète. Les gens veulent juste savoir qui est arrivé, et sentir votre bonheur derrière les mots.
L'essentiel tient en quatre infos : le prénom, la date de naissance, le poids, la taille. Le reste, c'est du bonus, c'est toi. Certains parents font parler le bébé, ou le grand frère, c'est adorable. D'autres restent tout simples, genre « Nous avons la joie de vous annoncer l'arrivée de Chloé, née le 12 janvier, 3 kilos pour 42 cm. » Et c'est parfait comme ça. Le message qui te ressemble sera toujours meilleur que le plus beau poème copié quelque part.
La liste des gens, le petit piège de la fin
Dernière étape, celle qu'on oublie parce qu'on est cuit. La liste des destinataires. Fais-la en trois petits paquets pour n'oublier personne : la famille, les amis, les collègues. Note-la sur ton téléphone dès maintenant, même enceinte, même fatiguée. Crois-moi, après, ta tête est une passoire. Je le sais, j'ai oublié ma propre tante sur le faire-part de Lou. Elle m'en parle encore.
Voilà. Ne cherche pas la perfection, cherche juste à partager votre joie. Ton faire-part sera beau parce qu'il vient de vous, pas parce qu'il coche des cases. Et le jour où tu le tiendras dans les mains, ce petit bout de carton avec sa frimousse dessus, tu oublieras toutes les hésitations. Promis. Viens me raconter quand ce sera fait.
